Le Futur de l'Intelligence Artificielle

Le Futur de l'Intelligence Artificielle
Wednesday, 10 May 2017 15:18 Soyez le premier à commenter ! Intelligence Artificielle Tribune
L’intelligence artificielle et la robotique ont, depuis l’avènement des premiers ordinateurs, enflammé l’imaginaire des auteurs de Science-Fiction et du public : l’univers d’Asimov, 2001 l’odyssée de l’espace, Star Wars, Blade Runner ou encore Terminator et Matrix... Ces œuvres montrent des machines aux aptitudes cognitives très évoluées.
Ces dernières ont toujours été créées pour aider l’homme au départ ou le débarrasser de tâches éprouvantes. Nous en avions parlé dans notre première tribune, le mot robot vient du tchèque et signifiait d’ailleurs à l’origine « travail forcé ». De là, les auteurs de Science-Fiction ont imaginé différents besoins ou assistances auxquels une machine pourrait répondre.

Les besoins sont variés : nettoyage d’une planète (Wall-e), exploration (Eve), assistance mécanique (R2D2), traduction (C3PO), réalisation de travaux sur des mondes dangereux pour l’Homme (Blade Runner), assistance personnel (Robots d’Asimov, HAL). On trouve bien évidemment la filière militaire : Skynet, T-800 ou encore les « battle droids » de Star Wars.

Tant que les machines n’ont pas atteint un niveau de conscience ou de complexité important, cela ne pose pas de problème majeur dans ces univers. On parle rarement du chômage de masse que pourrait engendrer une société entièrement mécanisée et d’une potentielle coupure d’énergie qui nous ramènerait à l’Âge de pierre…

L’état de conscience d’une machine nous pose donc des problèmes, car nous ne savons si leur réaction sera bonne ou mauvaise pour nous. Cette crainte est fondée, mais doit-elle l’être essentiellement sur l’activité qu’aura la machine (militaire, explorateur, assistant), ou plutôt sur l’architecture qu’aurait son « esprit » ou « cerveau » ? Asimov avait établit les lois de la robotique pour des architectures uniquement logiques… Mais existe-il une autre voie ? C’est cette thèse que nous présenterons dans la tribune de cette semaine.

D’aujourd’hui à un futur proche

Grâce à des méthodes mathématiques très évoluées, les systèmes « intelligents » actuels sont capables de réaliser des tâches spécifiques pour lesquelles ils ont été conçus. Ces systèmes sont même plus performants que la plupart des êtres humains dans certains domaines : jeu d’échec, Jeopardy (jeu télévisé américain), reconnaissance de caractères ou jugement de la personnalité par exemple.

Ces systèmes ont pu voir le jour grâce aux capacités de calcul permettant de traiter d’énormes quantités de données à l’aide de modèles mathématiques et statistiques complexes : l’agent apprend la « logique » en analysant les données. Un des exemples les plus frappant est l’algorithme de Google (apprentissage non supervisé) qui a retrouvé le concept du « chat » en analysant un nombre important d’images.

En plus de cette capacité d’interprétation des données, certains systèmes très évolués ont la faculté d’apprendre par eux-mêmes de leur expérience : un exemple récent d’application avec succès de cette technique est le logiciel qui a permis de battre le champion européen de Go, puis dernièrement un des premiers mondiaux. Ce logiciel est capable de jouer des parties contre lui-même afin d’améliorer son jeu.

Comme nous l’avons vu, ces logiciels sont très puissants mais ils sont conçus pour remplir une tâche spécifique : l’agent capable de jouer au poker sera par exemple incapable de jouer à un autre jeu de cartes. Certains chercheurs proposent néanmoins des débuts de réponses à ce problème comme par exemple le système jouant aux jeux Atari : ce logiciel est capable de jouer à 49 jeux Atari en analysant directement le flux vidéo pour prévoir ses actions.

Chacun de ces outils pris séparément est intéressant mais l’ensemble de ces technologies ne sont pas regroupées au sein d’une même plateforme physique – d’une même entité robotique.

Dans les prochaines années grâce au développement des capacités de calculs et des batteries, l’ensemble de ces technologies vont être transportées dans notre quotidien : voiture sans chauffeur, robot domestique... Nous resterons néanmoins toujours loin de la SF.

Dans un futur éloigné

Nous commencerons certainement par voir émerger une intelligence collective. L’internet des objets (IoT) est un des prémices de ce phénomène. Des milliards de programmes autonomes, optimisés pour leur tâche, communiquant entre eux à travers le monde. Cela donnera naissance à un organisme – ou plusieurs, une sorte d’essaim de programmes interagissant, pouvant être comparé à une colonie de fourmis ou un nid d’abeilles. Cela ne voudra pas encore dire que nous aurons une entité consciente. Une colonie de fourmis a-t-elle conscience d’elle-même ? Elle fait juste ce qu’elle sait faire de mieux : survivre, grandir et se reproduire pour étendre son espèce.

Ensuite, à plus long terme, l’intelligence artificielle deviendra ce que l’on appelle une IA forte : une machine capable d’apprendre par elle-même, d’une intelligence comparable à l’humain – le surpassant même dans de nombreux aspects – et devenant doucement consciente d’elle-même. Que la machine soit réellement intelligente ou qu’elle simule simplement celle-ci, qu’elle soit consciente d’elle-même ou qu’elle feigne cette conscience ; si nous ne pouvons distinguer les deux, cela fera-il une différence pour nous ?

Les machines possèdent déjà un sérieux avantage, elles sont plus durables – si elles sont bien entretenues – et peuvent survivre à des conditions extrêmes, elles ne sont pas sujettes à la fatigue. Nos émissaires dans l’espace et de nombreux exobiologistes estiment que si nous rencontrons un jour une intelligence extra-terrestre, elle a toutes les chances d’être artificielle. Le temps n’a pas non plus le même sens pour une machine que pour les êtres vivants. Mais quelles créatures artificielles produirons-nous ? Cette IA forte pourrait prendre deux voies.

Une évolution des technologies actuelles conduira à une IA forte dite « froide » : systèmes calculatoires, interconnectés, capables de rivaliser avec les humains. Ces machines ou programmes seront des outils extrêmement performants pour nous assister et résoudre un nombre important de nos problèmes.

De l’autre côté, une nouvelle approche devrait voir le jour, basée sur la compréhension du vivant (neurosciences, biochimie), où l’incarnation et les sensations pourront émerger. Nous pourrions la qualifier d’IA forte « sensible » qui est capable de comprendre l’humain et les êtres vivants, contrairement à la première qui ne sera qu’un « automate » très évolué. Cette approche se développe de nos jours sur les concepts de cognition « incarnée » ou « située ». Ces approches nous permettent de saisir à quel point l’interaction avec l’environnement est primordiale, de même que la complexité du monde observé par une machine la rend plus ou moins « consciente » de celui-ci. Les recherches sur l’émotion sont aussi importantes sur le développement de cette approche.

Toutefois, cette voie produira peut-être une césure dans ce que nous considérons comme machine. Une machine est un outil, une aide pour nous, humains. Nous concevons des machines pour nous protéger, nous dispenser de tâches laborieuses, dangereuses ou même certaines que nous sommes incapables de réaliser. Mais une IA sensible ne serait-elle plus juste un outil ou simplement « utile » ? Pourrait-elle avoir son existence propre, se dirigeant vers un chemin de la conscience d’elle-même ? À partir de quel moment une machine cesse-t-elle d’être vu comme une machine ?

Vers une nouvelle société

L’IA forte « froide » sera l’outil supérieurement intelligent qui réalisera des tâches de plus en plus complexes remplaçant les êtres humains dans tous les secteurs de métiers : travail à la chaîne, taxi, vendeur, juriste, ingénieur, chercheur, etc.

L’IA forte « sensible » sera le compagnon de l’être humain. Il sera là pour interagir avec nous. Grâce à sa sensibilité, il sera capable de comprendre le vivant et de partager son quotidien en créant un véritable lien d’affect avec lui.

La société actuelle sera bousculée. La notion de travail qui est la pierre angulaire de notre société sera redéfinie. Ce bouleversement ne doit pas être vu comme un cataclysme mais une réelle opportunité d’améliorer la qualité de vie de tous.

Néanmoins, le passage d’un modèle de société à un autre pose de réelles questions qu’il est important d’anticiper dès aujourd’hui pour que cette transition ne laisse aucune personne sur le bord de la route.

Les premiers soubresauts de cette révolution apparaîtront dans les 10 prochaines années avec BurgerRobot, un robot fabriquant des hamburgers pour les chaînes de fast-food, et les voitures automatiques (taxi, transporteurs) qui « remplaceront » des millions d’emplois. Ce premier « défi » pour notre Société sera un test grandeur nature pour le passage vers un autre modèle de société. Nous sommes passés d’une société agricole à l’ère industrielle au XIXème siècle et d’une société industrielle à l’ère des services à la fin du XXème. Quel sera le prochain modèle de société ?
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